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Folle saga "Romantic Warriors III : Canterbury Tales" - Rock & Folk - N° 690 - février 2025
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On prévient : on ne donnera pas le lien pour regarder ce documentaire sur le Net et encore moins celui pour le télécharger. Sous-titré en russe. La propriété intellectuelle ne rimera bientôt plus à grand-chose mais pour l'heure, on continue de respecter les créateurs qui, naïvement, essayent encore de vivre, même chichement, de leur art. On ne connaît pas personnellement Adèle Schmidt et on n'a pas gardé les cochons avec José Zegarra, mais une chose est certaine : on aimerait bien être amis avec eux. Ils ont fondé la société de production de documentaires Zeitgeist Media LCC, à Washington, et sont à l'origine d'une incroyable série de films sur la musique dont on avait eu vent sans les avoir jamais visionnés. Pourtant lorsqu'il y a quinze ans. ils ont diffusé le premier de leurs deux docus consacrés au rock progressif, Rock&Folk recevait encore des DVD et des Blu-ray. Those were the days, comme on dit au-delà des vagues. Ni "Romantic Warriors: A Progressive Musik Saga" ni son second volet de 2012 ne sont parvenus jusqu'à nous. En clair, aucun distributeur français ou label du coin n'avait estimé, à l'époque, que le prog rock pouvait intéresser. Les cons. De la même manière, les quatrième et cinquième documentaires de cette série, consacrés cette fois au krautrock et avec des témoignages des survivants de ce genre à qui les musiciens de qualilé doivent tous quelque chose, ne nous ont jamais été envoyés. Or donc, il n'est pas étonnant que ce "Raïnbow Warriors III: Canterbury Tales'" paru en 2015 ait subi le même sort. Ce n'est pas la vocation de cette rubrique, mais on propose une séance de rattrapage en affirmant : si tous les épisodes de cette série sont aussi bons que celui-ci, eh bien, on y reviendra. La seène de Canterbury, on le rappelle, est un terme inventé par la presse anglaise (qui en prend pour son grade au passage...) à la fin des années soixante pour qualifier les groupes novateurs de l'époque dont certains, effectivement, étaient originaires de cette ville moyenne du sud-est de l'Angleterre et de ses environs. Mais beaucoup de formations rattachées à ce style étaient d'ailleurs. C'est notamment le cas d'une des plus emblématique du genre, Soft Machine, dont aucun des membres originaux n'est né à Canterbury. En revanche, histoire de rendre aux agrégateurs de la critique rock ce qui ne leur appartient pourtant pas, on admet que les fondateurs des Wilde Flowers (puis de Caravan), un autre groupe majeur de ce mouvement, sont bien de la ville. Pour faire simple et essayer de donner un cadre, on précise que les formations estampillées Canterbury étaient montées par des musiciens qui, pourtant, refusaient d'être étiquetés. Et pour cause : ils empruntaient autant au rock et à la pop qu'au jazz, à la musique classique et au folklore médiéval.
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Ils écoutaient les Beatles mais aussi le Velvet Underground, Zappa et les Fugs. En pinçaient pour Vince Taylor et Cecil Taylor. Surtout, ils n'obéissaient à aucune règle. Ils n'essayaient pas de plaire aux médias qui auraient pu les rendre populaires, ils ne passaient pas à la radio durant la journée et s'en moquaient bien. Beaucoup vivaient, de peu, en communauté. Parfois à contrecœur. Aucun des rescapés du mouvement n'ignore que la scène de Canterbury a rapporté de l'argent, mais pas à eux comme l'assène Bill MacCormick avec ironie, dès le début du documentaire. Impossible de nommer tous les intervenants de cette folle saga (qui dure encore puisque la fin du film est consacrée aux héritiers tel Syd Arthur — qui est le nom d'un groupe et pas d'un artiste solo), mais écouter Daevid Allen parler de Gong est véritablement jouissif. Idem pour Kevin Avers ou Robert Wyalt lorsqu'il est question de Soft Machine et Matching Mole. Même s'ils n'ont pas bénéficié de la restauration qui rend si séduisants les films les plus récents sur les Beatles, certains documents live sont à couper le souffle. Ici, il est question du mythique club Middle Earth, là de Pink Floyd qui a fait le choix d'être plus commercial ou de Jimi Ilendrix qui a incité Mike Ratledge à mettre de la fuzz sur son orgue (Jon Lord le fera aussi). Adèle Schmdit et José Zegarra Holder évoquent les groupes Uriel, Egg, Arzakel, Hatfield And The North aux noms et à la musique de folie, sans oublier les Français de Moving Gelatine Plates. Tous avaient la liberté aux tripes et semblent étonnés, alors que leur musique était révolutionnaire, qu'on leur porte de l'intérêt. L'industrie discographique en prend plein la tronche et pas seulement de la voix de Allen, décédé il y a déjà dix ans, heureux, certainement, de n'en avoir fait qu'à sa tête, mais qui abhorrait le capitalisme et crachait sur tous ceux dont le fric était la motivation. Ce doc est une plage de galets. Dès qu'on en retourne un, un groupe, une anecdote, une chanson surgit. Un example ? A deux doigts de la fin : "Disassociation" écrite par Dave Sinclair pour Caravan. Un pur joyau, même en piano/voix.
Jérôme Soligny
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