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  Robert Wyatt a plus d'un disque dans sa barbe - Mofo - N° 60 - février-mars 1997






 



1966-1970, ANNEES SOFT


Au milieu des années 60, Robert Wyatt joue d'abord avec les Wild Flowers. Dès 1966, la plupart des membres de ce groupe de Canterbury se retrouve au sein de Soft Machine. Outre Wyatt, on trouve là Kevin Ayers, Mike Ratledge et Daevid Allen. Ce line-up enregistre quelques démos qui ne voient le jour qu'en 1972. Rapidement, Allen s'en va former Gong et est remplacé, après le premier véritable album, par Hugh Hopper, ancien lui aussi des Wild Flowers.

Entre The Soft Machine et Volume 2 qui sortent tous deux en 1969, le groupe joue aux Etats-Unis en première partie de Jimi Hendrix. De retour en Grande-Bretagne, Ayers jette le gant à son tour. Avec une poignée d'invités, Soft Machine enregistre alors Third qui sort en 1970. Wyatt, qui assure depuis le début l'essentiel du chant, y propose notamment Moon in june, un titre de 20 minutes partiellement improvisé qui le fait entrer dans la légende. En 1971, Wyatt s'en va lui aussi après l'album 4, strictement instrumental.

En quelques années, Soft Machine, qui tire son nom d'une nouvelle de William Burroughs a réussi à ébranler au moins deux camps: les jazzmen, longtemps rebutés par son «apparence frivole et chevelue» (dixit Rock & Folk dans les années 70) et les amateurs de pop, incapables de retrouver leurs schémas dans ces chansons déclinées avec une sensibilité d'avant-garde plus ou moins revendiquée et dont les titres résument bien le côté dadaïste. Vraies chansons en tout cas.


1971-1975, ANNEES MOLLES

Après 1970, Soft Machine survit encore une dizaine d'années sous la houlette de Mike Ratledge, en s'enfonçant dans un jazz-rock ennuyeux, aujourd'hui oublié. Mais avant même d'avoir quitté le groupe, Robert Wyatt, «out of work pop singer» comme il le précise sur la pochette, enregistre The end of an ear, un premier album solo plutôt jazzy et expérimental. On le voit aussi jouer avec The Whole World, le nouveau groupe de Kevin Ayers, ainsi qu'avec l'ex-Pink Floyd Syd Barrett pour l'album The madcap laughs.

Wyatt forme ensuite Matching Mole, anglicisation phonétique du français «Machine Molle»... En 1972, ce groupe sort les albums Matching Mole et surtout Little red record que produit Robert Fripp de King Crimson et auquel participe aussi Brian Eno, membre à l'époque de Roxy Music.

Juin 1973: rond comme une pie, Wyatt se défenestre d'un quatrième étage et se retrouve cloué en chaise roulante pour le restant de ses jours. A l'automne, Pink Floyd et Soft Machine donnent un concert londonien à son profit, tandis que Wyatt chante un titre sur le premier album de Hatfield And The North, groupe progressif qui rassemble notamment d'anciens Egg, Gong, Caravan et Matching Mole.




C'est l'année d'après qu'est enregistré Rock bottom, qui reste considéré à ce jour comme la meilleure carte de visite de Wyatt. Produit par Nick Mason (batteur de Pink Floyd), cet album à la fois planant et bizarrement remuant a l'effet d'une secousse sismique sur le rock progressif britannique dont la presse stigmatise le manque de folie et d'imagination.

En 1974 aussi, Wyatt joue des percussions sur l'album live June 1, 1974 qui, autour de Kevin Ayers, rassemble John Cale, Nico, Eno et Mike Oldfield pour les plus connus. En solo, il reprend Yesterday man et l'm a believer des Monkees, sorte d'ancêtres sixties des boys bands. Le succès de ces 45t lui valent de jouer à l'émission Top Of The Pops, en chaise roulante.

En 1975, Wyatt enregistre Ruth is stranger than Richard, assez proche des climats de Rock bottom. On y trouve une reprise du jazzman Charlie Haden (Song for Che) et une composition du trompettiste sud-africain Mongezi Feza, décédé en 1996. La même année, Wyatt tourne aussi avec le collectif underground Henry Cow et apparait sur l'album Diamond head de Phil Manzanera, guitariste de Roxy Music.


1976-1982, ANNEES PUNK

Pendant les dix années qui suivent, incapable qu'il se dit de composer suffisamment pour s'assurer une carrière par le disque, Wyatt n'enregistre presque aucun album sous son nom. En revanche, il multiplie les collaborations les plus diverses.

Avec le jazzman Michael Mantler d'abord pour les albums Silence et The hapless child, puis avec une série de nouveaux venus qui suivent de près la déferlante punk Scritti Politti, Vivien Goldman, les Raincoats (sur l'album Odyshape), Epic Soundtracks (des Swell Maps) ou Ben Watt (futur Everything But The Girl).

En 1980, on le voit aussi avec Kevin Coyne pour l'album Sanity stomp auquel les punks des Ruts participent également On le trouve aussi sur la compile Miniatures, aux côtés de Half Japanese, des Residents, Gavin Bryars, Joseph Racaille, etc. En 1981, Wyatt chante sur l'album solo de Nick Mason, Fictitious sports, auquel participent aussi Carla Bley, Gary Windo ou Chris Spedding.




En 1980 et 1981, sur le label Rough Trade, Wyatt sort sous son nom différents singles consacrés essentiellement à des reprises de standards les plus divers: Arauco de la chanteuse sud-américaine Violetta Parra, Caimanera (en fait Cuantanamera, sorte d'hymne national cubain officieux), Strange fruit popularisé par Billie Holiday, mais aussi At last I'am free de Chic ou Stalin wasn't stallin, chant patriotique américain de la seconde guerre mondiale. Avec d'autres, ces titres sont compilés sur Nothing can stop us qui sort en 1982. La même année, toujours en 45t, sa reprise du Shipbuilding d'Elvis Costello, chanson sur la guerre des Malouines, le fait à nouveau entrer dans les charts.


1982-1990, ANNEES MILITANTES (1)

A diverses occasions, sa fibre de doux militant communiste l'amène encore à chanter en espagnol, avec Working Week pour Venceremos (1983) ou sur le maxi Work in progress qui sort en 1984. Wyatt y reprend des chansons du Cubain Pablo Milanes et du Chilien Victor Jara. Il y chante aussi, en anglais cette fois, le Biko de Peter Gabriel. A la même époque, il participe aussi à The last nightingale, maxi enregistré avec des membres de Henry Cow et vendu au profit des mineurs grévistes en Angleterre. En 1985, avec les Swapo Singers, il enregistre le The wind of change, 45t réalisé à l'initiative de Jerry Dammers (des Specials). C'est aussi cette année-là que sort Old rottenhat, album fortement teinté d'anti-américanisme comme en témoigne par exemple The United States of Amnesia.

L'année d'avant, Wyatt signe aussi la b.o. de The animals film, documentaire dénonciateur de Victor Schonfeld consacré aux expérimentations animales.

A la fin des années 80, Wyatt collabore avec plusieurs groupes catalans alors qu'il séjourne en Espagne. On le voit jouer avec le big band anglais The Happy End et on le remarque sur Beauty, album solo de Ryuichi Sakamoto, II y reprend le We love you des Rolling Stones. «Je cherchais la voix la plus triste qui soit», explique le leader des électroniciens japonais de Yellow Magic Orchestra.


1991-1997, ANNEES MILITANTES (2)

Wyatt réapparaît en 1991, avec l'album Dondestan marqué par des paroles particulièrement virulentes. «Pentagon über alles...» sur Left on man par exemple, tandis que Lisp service réplique au We didn't start the fire, l'hymne à l'interventionnisme militaire américain de Billy Joël. En 1992, sort aussi le maxi A short break bricolé à la maison et passé inaperçu. En 1994 et 1995, à nouveau courtisé par des intellos de l'électronique, Wyatt enregistre avec le duo britannique Ultramarine pour l'album United Kingdoms, puis avec le belge Jo Bogaert pour l'album du projet Millenium, A civilized word, sur lequel sa voix apparaît sur trois titres. Au même moment, le premier album des jeunes Gallois doux-dingues des Gorky's Zygotic Mynci affiche une reprise de Matching Mole (O Caroline). Sur un de ses maxis, le même groupe reprend peu après un vieux titre de Kevin Ayers (Why are we sleeping?). Pour la suite, reportez-vous à la chronique du nouvel album.

M.F.


  Compiles récentes

Nothing can stop us (1992, Rough Trade) : dix ans après sa sortie initiale, cette compile rassemble la plupart des titres parus sur le label Rough Trade.

Mid-eighties (1993, Rough Trade): rassemble l'album Old rottenhat, le maxi Work in progress, ainsi que quelques raretés.

Going back a bit : a little history of Robert Wyatt (1994, Virgin): l'unique best of jamais consacré à Wyatt, puisqu'on y trouve la plupart des titres les plus souvent mentionnés, y compris I'm a believer, introuvable ailleurs en album.

Flotsam jetsam (1994, Rough Trade): rassemble près d'une vingtaine de titres rares voire inédits, enregistrés entre 1968 et 1987. Un bon aperçu des collaborations qu'a eu Wyatt avec les saxophonistes Lol Coxhill ou Gary Windo, Peter Blegvad (et Slapp Happy), les Catalans de Claustrophobia, etc. Jimi Hendrix joue même de la basse sur un titre.
 

     



     
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