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Quarante ans c'est émouvant


L'idée était tout de même foldingue : rejouer en concert la totalité de l'album Rock Bottom, quarante ans presque jour pour jour après sa sortie chez Virgin. Ceux qui lisent ces lignes savent qu'on ne plaisante pas avec ces choses là ! Comment rejouer l'injouable - au sens où la voix de Robert Wyatt habite l'oeuvre et se confond avec elle ? comment approcher - sinon juste insinuer - ces morceaux qu'on redécouvre à chaque nouvelle écoute et dans laquelle culminent l'émotion la plus fragile et l'écriture la plus subtile ?

Richard Robert, le programmateur des Nuits de Fourvière (Lyon) a eu cette incroyable idée et l'a menée à bon port le 12 juillet 2014 dans le majestueux théâtre antique à l'acoustique précise et généreuse.

L'article du Monde daté du 15 juillet 2014 rend bien compte de ces moments magiques, nul besoin que j'y ajoute ma prose...






Quelques semaines auparavant, le critique musical Sylvain Siclier annonçait le concert en ces termes :

Autel Wyatt
Lors d'un concert hommage, des musiciens revisitent l'univers de Robert Wyatt, géant de la pop anglaise

Le 26 juillet 1974 (jour du 21ème anniversaire de la bataille de Moncada, point de départ de la révolution cubaine), Rock Bottom a été publié, et j'ai épousé Alfie, et nous avons vécu heureux depuis. » Celui qui présente ainsi, à l'occasion d'une réédition en 1998, son album le plus célèbre, Rock Bottom donc, s'appelle Robert Wyatt, chanteur, batteur, pianiste, cornettiste, auteur-compositeur britannique. Alfie, c'est Alfreda Benge. On l'entend réciter un court texte à la fin de l'une des six compositions de l'album. Soit un recueil de mélodies solaires et lunaires à la fois, avec des passages presque minimalistes, quelques notes au piano (Sea Song), un contre-chant à la basse (Alifib), des sonorités de cordes jouées aux claviers, nappes rêveuses, un peu inquiétantes. A d'autres endroits, il y a des élans tourbillonnants, des stries proches du free jazz (Little Red Robin Hood Hit the Road), un son de guitare grinçant. Et de bout en bout, le chant de Wyatt, timbre féminin, voix de caresse pensée d'abord comme un instrument. Elle est toujours l'une des caractéristiques envoûtantes de celui qui est aujourd'hui âgé de 69 ans. «Il y a chez Robert Wyatt une capacité à être, en même temps, dans l'expérimental et le très pop. Il a ce pouvoir d'être immédiatement attrayant et d'entraîner vers une sorte de dérive.» Richard Robert, conseiller artistique et assistant à la programmation musicale des Nuits de Fourvière, ne fait pas mystère de son « admiration » pour ce « créateur d'un univers unique» à qui sera consacrée la soirée Le Monde de Robert Wyatt, prévue le 12 juillet à l'Odéon. Sera jouée sur scène, dans l'ordre original, l'intégralité de Rock Bottom, cet «Everest accompli» pour beaucoup d'amateurs et une sélection de thèmes dans la carrière de Wyatt depuis les Wilde Flowers, collectif de musiciens dans le milieu des années 1960. Le 1er juin 1973, Robert Wyatt fait une chute de la fenêtre d'un immeuble. Huit mois d'hôpital, la colonne vertébrale est brisée, son quotidien sera dorénavant celui d'un homme qui doit vivre en chaise roulante. La scène, les prestations en public, pour lesquelles il a de longue date une phobie - «à une époque, je buvais beaucoup, pour vaincre la terreur panique de me retrouver sur scène»-ne sont plus envisageables. «Même si le regard du public serait probablement tendre et respectueux, confiait-il, il y a une quinzaine d'années, ma pudeur m'empêche de me présenter ainsi.» Exister par les autres Ce sont donc les autres qui font vivre la musique de Wyatt sur scène. En Italie, en Grande-Bretagne, en France en particulier, des concerts hommages sont organisés, des disques entiers lui sont consacrés, les musiciens les plus variés reprennent ses chansons. «J'aime bien cette idée, précise Richard Robert, qu'en plus de ses propres enregistrements, qu'il mène à son rythme tranquille, il continue d'exister par les autres, que le spectacle soit aussi un moyen de conjurer son absence. » A Fourvière, on retrouvera donc des familiers des créations de Wyatt, comme le bassiste et chanteur John Greaves, son quasi-contemporain, Silvain Vanot, Pascal Comelade. La chanteuse Elise Caron incarnera son timbre flottant. L'arrangement de la délicate sophistication des compositions de Wyatt a été confiée à Craig Fortnam, avec son petit ensemble de multi-instrumentistes The North Sea Radio Orchestra. «C'est une musique qui stimule l'imagination de ceux qui la jouent, insiste Richard Robert. Avec un formidable répertoire de chansons d'amour et de chansons de combats. L'intime et l'universel. »

SYLVAIN SICLIER
Le Monde de Robert Wyatt

Odéon, samedi 12 juillet, 21 heures. 28 €.