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Volume Two
1969
Soft Machine
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BEST - N° 36 - juillet 1971
The End Of An Ear - Robert
Wyatt
(Barclay 920.308)
Hervé Muller
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Ce disque est le complément du L.P. de Soft Machine
dont je vous ai parlé le mois dernier, dans la mesure où
il est l'expression créatrice de Wyatt lui-même, alors
que "Fourth" était celle des trois autres et qu'il
n'y avait qu'un rôle de batteur. Une note sur la pochette
précise d'ailleurs : "Robert Wyatt, chanteur pop en
chomage (actuellement à la batterie avec le Soft Machine)!"
C'est donc nettement différent de "Fourth". A la
pureté presque méticuleuse de la musique actuelle
des Soft s'oppose, dans la même mesure où s'opposent,
en fait, les personnalités de Wyatt et Ratledge, l'aspect
beaucoup plus torturé et confus de "End of an Ear".
Cela rend le disque plus inégal, mais aussi moins purement
formel. C'est aussi dans une large mesure le prolongement du magnifique
"Moon in June" de "Third". A cet égard
la pièce maîtresse de l'album est constituée
par "Las Vegas Tango (part 1)", répartie entre
les deux faces et formant un total de plus de vingt trois minutes.
Ce morceau est le seul qui ne soit pas signé Wyatt : c'est
un thème du pianiste Gil Evans. Et il n'est certes pas peu
surprenant de constater que tout au long des quatorze minutes que
prend ce morceau sur la seconde face il n'y a pas de batterie !
Robert montre ici pour la première fois ses talents de pianiste
et il convainc sans peine. Mais c'est surtout pour lui l'occasion
de pousser plus loin encore (large emploi du re-recording) les effets
vocaux que lui permette son étonnante voix, autrefois une
des caractéristiques principales de la musique des Soft.
On a cependant par ailleurs largement l'occasion de retrouver le
style de batterie de Wyatt, à la fois le moins orthodoxe
et un des plus riches qui soit à l'heure actuelle (cf. par
exemple "To Mark Everywhere"). Mais l'utilisation des
percussions va bien au-delà de la batterie elle-même
: effets acoustiques et électroniques les plus divers sont
largement employés (cf. "To Carla, Marsha and Caroline").
Musicalement on est donc tout aussi loin de la pop qu'avec "Fourth".
Les références sont essentiellement la musique contemporaine
(entre autres Terry Riley, bien sûr) et le jazz moderne. Mais
la démarche est en général différente
de celle suivie aujourd'hui par les Soft, et rappelle souvent le
climat de fusion créatrice de certains enregistrements de
free-jazz, plutôt que le self-control quasi absolu pratiqué
par Ratledge et Hopper. L'aspect spontané de la musique a
pour corollaire son côté extraverti : la plupart des
titres sont dédiés à des amis dont certains
sont des membres notoires de la "famille Soft" : Daevid
Allen et Gilly Smyth, Bridget Saint-John (folk-singer mais aussi
collaboratrice éventuelle de Kevin Ayers), "Mark"
(probablement Mark Ellidge, son demi-frère, qui joue du piano
sur le disque), "Nick" (Evans ?), Caravan et "brother
Jim" (également désigné ainsi sur les
disques de Caravan : il s'agit du frère de leur guitariste
Pye, Jim Hastings, saxophoniste présent également
sur "Third" et "Fourth"). "Au vieux monde"
aussi ! Les amis, on les retrouve aussi parmi les musiciens : David
Sinclair (organiste de Caravan), Cyrille Ayers (femme de Kevin).
Et puis Elton Dean, remarquable comme toujours et très bien
secondé par Mark Charig (cornet). "The End of an Ear"
représente ainsi une autre facette de ce que l'on sera peut-être
bientôt obligé d'appeler la "musique Soft",
courant de plus en plus discernable de tout autre étiquette,
pop ou jazz, et uni par une parenté profonde et toujours
sensible, au-delà de divergences parfois considérables
dans la forme comme dans l'esprit, des Soft eux-mêmes jusqu'à
Caravan en passant par Gong.
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